Liberté

Liberté
Art. 16-1 al.3 C. civ. (loi n°94-653 du 29 juillet 1994): "le corps humain, ses éléments et ses produits ne peuvent faire l'objet d'un droit patrimonial." Ce texte fondamental exclut d'abord toute réification de la personne humaine dans le statut d'esclave, ce qui va sans dire.

Section 2. L'atteinte à l'intégrité physique de la personne

§ Le droit à l'intégrité physique, droit de la personnalité

Le droit à l'intégrité physique est le premier des droits de la personnalité; il conditionne tous les autres.
Le droit à la vie est un droit fondamental affirmé notamment par la Convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950: "le droit de toute personne à la vie est protégé par la loi" (art. 2 §1). Le droit à l'intégrité physique et psychique protège la personne non seulement contre les tortures, violences et blessures volontaires, mais aussi contre toutes les atteintes involontaires.

§1 Tout dommage corporel, atteinte à l'intégrité physique des personnes, constitue une atteinte au droit de la personnalité le plus inviolable, à la sécurité publique et à la paix sociale: corrélativement tout individu a droit au respect de sa personne. Il en résulte une exigence de sécurité particulièrement impérieuse en matière d'intégrité des personnes et de dommages corporels. Elle relève du droit naturel comme Grotius le soulignait déjà. La Déclaration universelle des droits de l'homme qui est l'héritière proclame que "tout individu a le droit à la vie, à la liberté et à la sûreté des personnes" (art. 3.)

Conseil de l'Europe, Résolution (75-7) du 14 mars 1975, relative à la réparation des dommages en cas de lésions corporelles et de décès.
1, §1 "compte tenu des règles concernant la responsabilité, la personne qui a subi un préjudice a droit à la réparation de celui-ci, en ce sens qu'elle doit être replacée dans une situation aussi proche que possible de celle qui aurait été la sienne si le fait dommageable ne s'était pas produit."
2, § 11 "la victime doit être indemnisée du préjudice esthétique, des douleurs physiques et des souffrances psychiques. Cette dernière catégorie comprend en ce qui concerne la victime divers troubles et désagréments tels que des malaises, des insomnies, un sentiment d'infériorité, une diminution des plaisirs de la vie causée notamment par l'impossibilité à se livrer à certaines activités physiques d'agrément."
Principe n°10, § 39: "il arrive quelque fois que la victime, aux prix d'efforts et de gênes supplémentaires, parvienne à maintenir le niveau antérieur de son activité, donc de ses revenus. Il paraît équitable dans ce cas, de lui allouer une indemnité.
Pour la même raison, il paraît équitable d'indemniser [...] l'étudiant qui, bien qu'atteint d'une infirmité, réussit cependant à poursuivre ses études.
"

Loi bioéthique n°94-653 du 29 juillet 1994: "chacun a le droit au respect de son corps; le corps humain est inviolable" (art. 16-1 C. civ.).

"Être homme, c'est précisément être responsable" (St Exupéry, Terre des Hommes).

Le dommage corporel, c'est-à dire l'atteinte à l'intégrité physique et psychique de la personne, est toujours ressenti comme un violent traumatisme par la victime d'un accident soudain et imprévisible. Il est cependant des circonstances où ce traumatisme est aggravé par la sentiment d'avoir été victime, non de quelque fatalité, mais d'une intention particulièrement insupportable car le dommage a été voulu.

Divers extraits de Droit du dommage corporel: Système d'indemnisation, Édition Dalloz, collection Précis, droit privé.

J'ai beau être en philo, un petit livre de droit ne fait pas de mal. Je dois dire que j'ai eu un certain plaisir malsain à le lire (ça fait vraiment du "bien"/ [mal] quand on voit tout ce qui n'a été respecté, écrit noir sur blanc). Par contre, il me semble que malgré mon parcours assidu des 600 pages, le cas des violences au sein de la famille n'ont pas tellement été abordées. Pourtant le livre est assez récent d'où mon éc½urement. Et puis, nécessité de connaître certains de ses droits... Bon je ne dis pas non plus que ça m'était totalement étranger avant. Mais les autorités responsables m'ont souvent apporté de l'aide pour me maintenir la tête sous l'eau.
J'en suis ressortie un peu plus dégoutée, tout simplement.

Je n'arrive plus à me concentrer sur quoi que ce soit. Mes journées entières sont passées au milieu des livres. La lecture, c'est la seule que je suis encore capable de faire.

J'ironise dangereusement. L'abus d'ironie est nuisible pour toute forme de vie sociale. Tant mieux. Tant pis.

J'ai commencé plein de dessins. Ils sont aussi inachevés que moi, je suis complètement fragmentée. La question du moment: se demander ce que je suis devenue et ce qui, de moi, survit encore. Question stupide mais nécessaire pour avoir une attache (même mauvaise, avoir un point d'appui est toujours mieux qu'un naufrage en solitaire.)
Il y a bien quelques dessins qui sont terminés, des pages de croquis remplies... Mais je n'ai encore rien scanné. Mon scan est définitivement retourné à l'État de nature. C'est désormais une puissance livrée à elle-même et particulièrement rebelle (la guerre de tous contre tous et surtout contre moi) à toute tentative de contrainte. Il est libre, libre...
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# Posté le jeudi 09 juillet 2009 06:03
Modifié le jeudi 09 juillet 2009 11:20

Je perds décidément de moi-même

Je perds décidément de moi-même
Avec ce qui s'est passé récemment, j'ai tendance à ne plus rien tolérer. Je pense que notre capacité de résistance et de tolérance a des limites. Elles sont différentes chez tout le monde. Quand elles sont dépassées et que le point de non-retour est atteint, la question de rester maître de soi-même n'a plus lieu d'être. Il n'y est même plus question d'un "soi-même" d'ailleurs: quand on a passé son temps à vous ronger peu à peu, de l'extérieur comme de l'intérieur, à détruire et à formater votre personnalité (à aller contre votre nature, qui en somme, consiste seulement à vous développer par vous-même, devenir autre et surtout ne pas vous complaire dans une uniformisation); vous n'êtes même plus vous-même! Alors je ne sais pas si on peut dire que vous devenez un monstre (c'est peut-être un peu fort mais je pense que ça dépend jusqu'à quel point cette emprise peut aller).

De jolies phrases pour dire que mes larmes ne sont toujours pas sèches à l'heure où j'écris. Je ne fais que dire (un fait que les médias ne disent pas assez souvent, et dont je pense que tout le monde se fout royalement) qu'il n'y a pas que les violences physiques au sein de la famille qui sont "nuisibles" (restons serein et non ordurier, si je meurs d'un couteau dans le dos: déjà il n'y aura pas qu'un seul couteau, et en plus, cela viendrait de ma propre famille. Vous ne trouvez pas cela ironique (et presque risible) que les mêmes personnes qui vous ont donné la vie font tout pour vous pousser au suicide?), bref, j'écrivais que les blessures psychologiques sont trop souvent passées au silence. Je trouverai bien ça marrant mais j'ai mal aux poignets (probablement que j'ai dû m'exploser une veine au passage) et j'en pleure encore.

"Chargé de reflets, chez les
scarabées du ciel,
dans la montagne.

La mort
dont tu me restais redevable, je
la porte
à terme."
Paul Celan, Contrainte de lumière


# Posté le vendredi 19 juin 2009 14:01
Modifié le mardi 23 juin 2009 15:34

Veille de partiel

Veille de partiel
En fait, j'ai eu ma première épreuve [catastrophique] vendredi, un entretien. Alors avec 2h45 d'avance (et une situation d'illégalité totale pour être montée dans le corail sans payer (mais pourquoi payer un service non-rendu?)), je suis tant bien que mal arrivée devant ce Cerbère (le prof) avec un calme stoïque (et presque indécent, du style: je fais acte de présence, le reste, je m'en fous complètement). A mon arrivée (et toute contente du dernier livre que je venais d'acheter), j'apprends que le dossier était à rendre la semaine dernière. Déjà, ça s'annonçait mal.
J'arrive devant le prof qui me demande pourquoi je n'ai pu assister qu'à un seul cours (au moins, j'ai été honnête sur ce point).

Réponse: contrainte horaire. Ce temps m'a permis de faire le [putain] de dossier que vous avez demandé.
Le prof: mais on trouve toujours un moyen de s'arranger. Vous pouviez faire en sorte d'assister aux cours et de me rendre le dossier.

Ma petite voix intérieure: non, mais arrête de te foutre de ma gueule, je ne suis pas omnisciente. En plus, pour un oral coefficient 2, il n'y a pas mort d'homme... Tu prends le train aussi? C'est toi qui te tape les 3h de transports par jour (au minimum les 3h). Non? Essaye avant de juger, pauvre abruti. Tu crois encore au père Noël aussi? Tu ne crois quand même pas que je vais rentrer chez moi deux heures plus tard et accumuler un retard considérable dans mon travail juste pour tes beaux yeux. Je m'arrange comme je peux alors...
Si tu ne le voulais pas ce dossier, fallait le dire... je ne peux pas créer le temps que je sache?

Ma deuxième voix intérieure (qui a trop souvent raison mais que je n'écoute jamais): casses-toi d'ici et cours méditer au bord de la mer... C'est l'appel de la nature, tu n'y peux rien (excuse tout aussi brillante que légitime).

Pendant ce temps:
Le prof: et pourquoi vous ne m'avez pas rendu le dossier en temps et en heure alors?
Moi: je ne savais absolument pas que j'étais supposée le rendre. Je pensais qu'il fallait que je le lise et qu'après aurait lieu l'entretien...
Le prof: et qui était supposé vous renseigner?

Ma petite voix intérieure: genre c'est un peu toi que j'accuse... et j'estime que j'ai raison, les mails existent et t'as mon adresse...

Ma deuxième voix intérieure (qui a trop souvent raison mais que je n'écoute jamais): tu me gonfles, je ne suis pas la seule à ne pas avoir rendue le dossier "en temps et en heure". Pour la leçon de morale, je t'appelle un autre jour ou tu prends rendez-vous... je suis sur liste d'attente...

Pendant ce temps:
Moi: je ne sais pas... quelqu'un...
Ma petite voix intérieure: oui, quelqu'un, vous, une subite révélation, Dieu, que sais-je...?
Le prof: oui mais c'était affiché sur le mur du troisième étage, vous n'allez tout de même pas me dire que vous n'étiez pas disponible pour jeter un coup d'oeil?

Ma deuxième voix intérieure (qui a trop souvent raison mais que je n'écoute jamais, en pleine tempête sous crâne): mais on s'en fout, allons regarder la mer... Adieu monsieur le professeur...
Ma petite voix intérieure: j'ai pas de cours au troisième étage... tu penses qu'il n'y a que toi dans ma vie? Je me suis débrouillée tant bien que mal à avoir mes dates de partiel d'anglais... et quelle bataille! Alors le reste me passe loin au-dessus de la tête...

Moi: mais puisque je vous dis que je ne suis au courant de rien... Je n'y ai pas pensé, voilà tout (étant donné que je pensais simplement qu'il fallait que je lise mon travail).
Ma deuxième voix intérieure (qui a trop souvent raison mais que je n'écoute jamais, en pleine tempête sous crâne): genre j'ai commis l'irréparable... Bon, je te laisse et j'écoute Indochine. Bonne danse.
"Et on se prend la main, et on se prend la main. Une fille au masculin, un garçon au féminin..."

Le prof: arrêtez de...

Paroles, paroles, paroles...


Bref, comme Socrate, j'ai accepté/subit l'injustice. Visiblement ce qu'il attendait de moi, c'était que j'aille à son cours et que je ne fasse pas son dossier (et mes fins de dissertations et mes fiches de révision).
La suite, le sourire aux lèvres.

La photo ci-dessus: Mystic River


# Posté le lundi 18 mai 2009 16:40
Modifié le mardi 19 mai 2009 00:06

"Je rêvais d'un autre monde"

"Je rêvais d'un autre monde"
"Les destructions atteignent le noyau de mon existence."
Paul Celan, lettre du 6 mars 1970

"On peut penser ou ne pas penser. Se tranquilliser sur des images habituelles, traditionnelles de la pensée ou bien au contraire clairement mettre devant notre conscience la question du sens de la vie de l'homme sur terre. La première voie est la plus calme et peut-être plus vraie. La seconde plus attirante et c'est difficile de dire laquelle des deux on peut conseiller; car il faut rappeler que si une fois tu appelles réellement devant ton esprit la question de ce sens, plus jamais il ne te laissera, et ami ou ennemi, t'accompagnera jusqu'à ton cercueil."
Nicolas de Staël, Cahier du Maroc, 1936-1937

Volonté dissoute
Désirs effacés
Corps détruit
[Ine]xistence

# Posté le vendredi 10 avril 2009 16:04
Modifié le samedi 11 avril 2009 04:40

Une rencontre manquée?

Une rencontre manquée?
Récit du mercredi 1er avril. Retour sur les lieux que le regard de Nicolas de Staël surplombait.

Il pleuvait. Le ciel était gris, avec apparemment aucune chance d'éclaircie. Je ne me souvenais plus vraiment du nom de la rue.
Rue du Revely.
Je m'étais dirigée comme d'habitude vers les remparts face au musée Picasso. Puis j'ai tourné à gauche de la rue Saint Esprit, à moins que je n'ai fait que la suivre. Je ne sais déjà plus. J'écris pour me souvenir que ces moments de beauté intense sont malheureusement trop rares.
Rue du Revely. Elle était comme toutes les rues du Vieil Antibes, c'est-à dire sombre, étroite et labyrinthique. Je tournais la tête de tous les côtés, prête à me retrouver face à la plaque de marbre blanchâtre. Prête à recevoir ce choc qui, je le savais d'avance, allait me faire fondre en larmes. A plusieurs moments, la rue se divisait en plusieurs embranchements. Je ne savais pas lequel choisir. Le premier qui venait. Puis retour en arrière. De nouveau à droite. Je passais devant des ateliers d'artisans. Un cordonnier, je crois. Douloureuse impression d'être étrangère à ma propre ville, où je suis restée toute ma vie.
Arrivée aux remparts. Nouveau retour en arrière. En fait, je redoutais [peur primale] un face à face passé. Je refais un morceau de la rue en sens inverse. Je débouche de nouveau sur les remparts. Son atelier avait forcément vue sur la mer. A droite le musée. Je décide de longer les remparts.
La plaque. Sa vision me frappe le coeur. Rien qu'en regardant les embrasures, j'ai tout de suite compris à quel point le paysage avait pu l'influencer. Mais la première chose à laquelle j'ai pensée, était bien différente. C'était là. Ici. Là où je me tiens. Je suis incapable de dire si c'est par fascination morbide que je me suis déterminée à y aller. Pourtant je peux dire que c'est le fait d'être passée devant le livre de l'exposition qui a changé mon regard. D'ailleurs, je ne réalise pas encore la portée de ce changement. Ce soir, j'ai commencé pour la première fois à manipuler la peinture avec une optique différente. Je ne suis plus seule quand je regarde. Un nouveau regard m'accompagne. C'est une expérience déroutante quand on ne la vit pas. Pensez si vous voulez que je suis une folle (après tout, sur quoi on se fonde pour juger ou non de la folie d'une personne?). Cet après-midi a métamorphosé la ville où j'habite. Désormais, je ne suis plus seule à la voir. J'ai le regard d'un étranger et d'une étrangère.
Je n'ai pas pu soutenir tout ça sur le moment. Le rempart me retenait. Les pierres étaient froides et humides. Il pleuvait beaucoup mais je ne m'en rendais pas compte.
La mer, malgré que le ciel soit gris foncé, conservait tout de même un bleu éclatant et froid.
De nouveau, je regardais à la dérobée les embrasures au dernier étage. Il était là. Son atelier était là. Son regard au-delà de l'immensité bleutée. Je ne pouvais pas et je ne peux pas m'empêcher de pleurer. Il était là.
Je l'imaginais. Étrangement, son visage était imprimé dans ma tête.

J'ai peur.
Témoignage aveugle des mouettes. On aurait dit qu'elles dansaient presque au-dessus de l'eau. Liberté. Calme. Apaisement. Médicament? Accident? Déploiement. Envol. Mais pourquoi?

Je suis restée sous les embrasures à pleurer.

En longeant les remparts, je me suis souvenue de cette photo. Un sourire. Et toujours la même question. Mais pourquoi?


Tableau: Les Mouettes, Nicolas de Staël, à Antibes, réalisé l'année de son suicide c'est-à dire en 1955
# Posté le dimanche 05 avril 2009 17:38
Modifié le lundi 06 avril 2009 12:52