Dépêche-toi de vivre

Dépêche-toi de vivre
J'avoue que je fais ce que je peux pour me maintenir la tête hors de l'eau. Non pas que j'ai spécialement des problèmes avec qui que ce soit. Seulement les premières semaines de ma vie en chambre universitaire se sont passées dans un mutisme quasi total (et puis sans internet, donc coupée du monde). Ici, la solitude est écrasante; avant je la savourais mais ce n'était pas le même genre de solitude. Il y en a une qui est bénéfique, c'est celle qui laisse un libre accès à son intérieur, son théâtre intérieur des sentiments. La seconde est plus rude, elle s'apparente plus à un enfermement complet sur soi. J'ai plutôt ressenti de l'isolement que la liberté de disposer d'un espace intérieur (et matérialisé, comme étant ma chambre, mon espace c'est un peu moi).
Alors non, je n'ai pas à me plaindre, c'est à moi de renverser ce sentiment. Je pense aujourd'hui que je m'y suis habituée. Je gère beaucoup mieux les pleins pouvoirs de ma liberté. Pour le moment, je suis "écrasée" de travail et je passe mon temps à me balader au bord de la mer, ou dans des cours de master 1 (alors que tout juste licence 2).
Un jour, j'avais même décidé de ne plus venir en cours. Pas d'amis, personne à qui parler; d'ailleurs, j'avais pas tellement envie de parler non plus. Tout ce que je voulais c'était voir un visage connu. Ce qui tombait bien c'est que ce jour-là, j'ai rencontré mon prof de philo de terminale à la gare d'Antibes (on ne comprenait pas déjà mon amour des trains, mais celui des gares s'en trouve justifié par toutes les rencontres que j'y fais). On a parlé de tout et de rien; mais c'était une des rares personnes à qui j'avais envie de parler (même si c'était pour lui dire que je passais mon temps à boire de la bière et à bouffer des gâteaux en regardant la pile de travail s'accumuler dans l'indifférence la plus insolente). Conclusion: le lendemain, je suis retournée en cours et j'ai remplacé les bons petits gâteaux par des pommes. Sans cette rencontre, je serais actuellement perdue dans la jungle universitaire ou dans un lieu sans avenir.
Je relève donc la tête et fais tout ce que j'ai toujours su faire: respirer, prendre les choses comme elles viennent. Je suis, j'existe, j'ai des sensations actuellement. Ce qui est passé est sans importance, l'essentiel c'est que je sois et que je ressente (même si je ne ressens que de la souffrance). Je peux voir, entendre, toucher et ça doit me rendre heureuse (et dansons sous la pluie!)

Je ne dessine presque plus. Je ne suis plus en mesure d'affronter mes démons intérieurs. Je ne m'en étais jamais rendue compte, mais dessiner exige un face à face avec soi-même, quelque chose qui me coutait énormément sans que je le voie. Maintenant je le sais et je tente de continuer malgré la douleur.

# Posté le jeudi 22 octobre 2009 16:41

Modifié le jeudi 22 octobre 2009 17:17

Post it?

Post it?
De retour dans le monde libre, enfin...
Vacances? Sans commentaires. Médicaments. Cauchemars. Insomnies. Et j'en passe...

Je suis actuellement en train d'aménager peu à peu dans ma chambre universitaire. Je suis naïve et je pense que tout va bien dans le meilleur des mondes. Je tolère ce que je suis (même si je n'ai aucune idée de ce que je suis, et d'ailleurs, autant ne pas le savoir). Je tolère mon corps. Je suis enjouée, je chante, je danse. Mon côté "fleur bleue" est de retour: joie de vivre, danse et bonne humeur (au lieu de "pessimisme, inertie et idées noires"). Quiconque me verrait, serait en droit de penser que j'ai un peu bu. Mais non, cet état est permanent (ça s'appelle le bonheur?) J'ai viré Jean-Jacques pour Rammstein (et j'ai même chopé des chansons espagnoles joyeuses).

Tant pis si je suis aussi candide. Autant que je profite de ce décalage avec la réalité. De toute façon, j'ai tellement plongé, eu envie d'en finir... Je crois que mon état actuel est à la hauteur de mon désespoir passé/ [présent?].

Photo: une nouvelle fenêtre sur le monde (une vue de ma chambre: la mer, le soleil, tout va bien dans le meilleur des mondes.)

Ps.: dans deux semaines, je suis sûre que je vais dire l'extrême opposé.

# Posté le mercredi 09 septembre 2009 16:30

Modifié le jeudi 10 septembre 2009 04:07

Liberté

Liberté
Art. 16-1 al.3 C. civ. (loi n°94-653 du 29 juillet 1994): "le corps humain, ses éléments et ses produits ne peuvent faire l'objet d'un droit patrimonial." Ce texte fondamental exclut d'abord toute réification de la personne humaine dans le statut d'esclave, ce qui va sans dire.

Section 2. L'atteinte à l'intégrité physique de la personne

§ Le droit à l'intégrité physique, droit de la personnalité

Le droit à l'intégrité physique est le premier des droits de la personnalité; il conditionne tous les autres.
Le droit à la vie est un droit fondamental affirmé notamment par la Convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950: "le droit de toute personne à la vie est protégé par la loi" (art. 2 §1). Le droit à l'intégrité physique et psychique protège la personne non seulement contre les tortures, violences et blessures volontaires, mais aussi contre toutes les atteintes involontaires.

§1 Tout dommage corporel, atteinte à l'intégrité physique des personnes, constitue une atteinte au droit de la personnalité le plus inviolable, à la sécurité publique et à la paix sociale: corrélativement tout individu a droit au respect de sa personne. Il en résulte une exigence de sécurité particulièrement impérieuse en matière d'intégrité des personnes et de dommages corporels. Elle relève du droit naturel comme Grotius le soulignait déjà. La Déclaration universelle des droits de l'homme qui est l'héritière proclame que "tout individu a le droit à la vie, à la liberté et à la sûreté des personnes" (art. 3.)

Conseil de l'Europe, Résolution (75-7) du 14 mars 1975, relative à la réparation des dommages en cas de lésions corporelles et de décès.
1, §1 "compte tenu des règles concernant la responsabilité, la personne qui a subi un préjudice a droit à la réparation de celui-ci, en ce sens qu'elle doit être replacée dans une situation aussi proche que possible de celle qui aurait été la sienne si le fait dommageable ne s'était pas produit."
2, § 11 "la victime doit être indemnisée du préjudice esthétique, des douleurs physiques et des souffrances psychiques. Cette dernière catégorie comprend en ce qui concerne la victime divers troubles et désagréments tels que des malaises, des insomnies, un sentiment d'infériorité, une diminution des plaisirs de la vie causée notamment par l'impossibilité à se livrer à certaines activités physiques d'agrément."
Principe n°10, § 39: "il arrive quelque fois que la victime, aux prix d'efforts et de gênes supplémentaires, parvienne à maintenir le niveau antérieur de son activité, donc de ses revenus. Il paraît équitable dans ce cas, de lui allouer une indemnité.
Pour la même raison, il paraît équitable d'indemniser [...] l'étudiant qui, bien qu'atteint d'une infirmité, réussit cependant à poursuivre ses études.
"

Loi bioéthique n°94-653 du 29 juillet 1994: "chacun a le droit au respect de son corps; le corps humain est inviolable" (art. 16-1 C. civ.).

"Être homme, c'est précisément être responsable" (St Exupéry, Terre des Hommes).

Le dommage corporel, c'est-à dire l'atteinte à l'intégrité physique et psychique de la personne, est toujours ressenti comme un violent traumatisme par la victime d'un accident soudain et imprévisible. Il est cependant des circonstances où ce traumatisme est aggravé par la sentiment d'avoir été victime, non de quelque fatalité, mais d'une intention particulièrement insupportable car le dommage a été voulu.

Divers extraits de Droit du dommage corporel: Système d'indemnisation, Édition Dalloz, collection Précis, droit privé.

J'ai beau être en philo, un petit livre de droit ne fait pas de mal. Je dois dire que j'ai eu un certain plaisir malsain à le lire (ça fait vraiment du "bien"/ [mal] quand on voit tout ce qui n'a pas été respecté, écrit noir sur blanc). Par contre, il me semble que malgré mon parcours assidu des 600 pages, le cas des violences au sein de la famille n'a pas tellement été abordé. Pourtant le livre est assez récent d'où mon éc½urement. Et puis, nécessité de connaître certains de ses droits... Bon je ne dis pas non plus que ça m'était totalement étranger avant. Mais les autorités responsables m'ont souvent apporté de l'aide pour me maintenir la tête sous l'eau.
J'en suis ressortie un peu plus dégoutée, tout simplement.

Je n'arrive plus à me concentrer sur quoi que ce soit. Mes journées entières sont passées au milieu des livres. La lecture, c'est la seule chose que je suis encore capable de faire.

J'ironise dangereusement. L'abus d'ironie est nuisible pour toute forme de vie sociale. Tant mieux. Tant pis.

J'ai commencé plein de dessins. Ils sont aussi inachevés que moi, je suis complètement fragmentée. La question du moment: se demander ce que je suis devenue et ce qui, de moi, survit encore. Question stupide mais nécessaire pour avoir une attache (même mauvaise, avoir un point d'appui est toujours mieux qu'un naufrage en solitaire.)
Il y a bien quelques dessins qui sont terminés, des pages de croquis remplies... Mais je n'ai encore rien scanné. Mon scan est définitivement retourné à l'État de nature. C'est désormais une puissance livrée à elle-même et particulièrement rebelle (la guerre de tous contre tous et surtout contre moi) à toute tentative de contrainte. Il est libre, libre...

# Posté le jeudi 09 juillet 2009 06:03

Modifié le mardi 14 juillet 2009 03:27

Je perds décidément de moi-même

Je perds décidément de moi-même
Avec ce qui s'est passé récemment, j'ai tendance à ne plus rien tolérer. Je pense que notre capacité de résistance et de tolérance a des limites. Elles sont différentes chez tout le monde. Quand elles sont dépassées et que le point de non-retour est atteint, la question de rester maître de soi-même n'a plus lieu d'être. Il n'y est même plus question d'un "soi-même" d'ailleurs: quand on a passé son temps à vous ronger peu à peu, de l'extérieur comme de l'intérieur, à détruire et à formater votre personnalité (à aller contre votre nature, qui en somme, consiste seulement à vous développer par vous-même, devenir autre et surtout ne pas vous complaire dans une uniformisation); vous n'êtes même plus vous-même! Alors je ne sais pas si on peut dire que vous devenez un monstre (c'est peut-être un peu fort mais je pense que ça dépend jusqu'à quel point cette emprise peut aller).

De jolies phrases pour dire que mes larmes ne sont toujours pas sèches à l'heure où j'écris. Je ne fais que dire (un fait que les médias ne disent pas assez souvent, et dont je pense que tout le monde se fout royalement) qu'il n'y a pas que les violences physiques au sein de la famille qui sont "nuisibles" (restons serein et non ordurier, si je meurs d'un couteau dans le dos: déjà il n'y aura pas qu'un seul couteau, et en plus, cela viendrait de ma propre famille. Vous ne trouvez pas cela ironique (et presque risible) que les mêmes personnes qui vous ont donné la vie font tout pour vous pousser au suicide?), bref, j'écrivais que les blessures psychologiques sont trop souvent passées au silence. Je trouverai bien ça marrant mais j'ai mal aux poignets (probablement que j'ai dû m'exploser une veine au passage) et j'en pleure encore.

"Chargé de reflets, chez les
scarabées du ciel,
dans la montagne.

La mort
dont tu me restais redevable, je
la porte
à terme."
Paul Celan, Contrainte de lumière


# Posté le vendredi 19 juin 2009 14:01

Modifié le mardi 23 juin 2009 15:34

Veille de partiel

Veille de partiel
En fait, j'ai eu ma première épreuve [catastrophique] vendredi, un entretien. Alors avec 2h45 d'avance (et une situation d'illégalité totale pour être montée dans le corail sans payer (mais pourquoi payer un service non-rendu?)), je suis tant bien que mal arrivée devant ce Cerbère (le prof) avec un calme stoïque (et presque indécent, du style: je fais acte de présence, le reste, je m'en fous complètement). A mon arrivée (et toute contente du dernier livre que je venais d'acheter), j'apprends que le dossier était à rendre la semaine dernière. Déjà, ça s'annonçait mal.
J'arrive devant le prof qui me demande pourquoi je n'ai pu assister qu'à un seul cours (au moins, j'ai été honnête sur ce point).

Réponse: contrainte horaire. Ce temps m'a permis de faire le [putain] de dossier que vous avez demandé.
Le prof: mais on trouve toujours un moyen de s'arranger. Vous pouviez faire en sorte d'assister aux cours et de me rendre le dossier.

Ma petite voix intérieure: non, mais arrête de te foutre de ma gueule, je ne suis pas omnisciente. En plus, pour un oral coefficient 2, il n'y a pas mort d'homme... Tu prends le train aussi? C'est toi qui te tape les 3h de transports par jour (au minimum les 3h). Non? Essaye avant de juger, pauvre abruti. Tu crois encore au père Noël aussi? Tu ne crois quand même pas que je vais rentrer chez moi deux heures plus tard et accumuler un retard considérable dans mon travail juste pour tes beaux yeux. Je m'arrange comme je peux alors...
Si tu ne le voulais pas ce dossier, fallait le dire... je ne peux pas créer le temps que je sache?

Ma deuxième voix intérieure (qui a trop souvent raison mais que je n'écoute jamais): casses-toi d'ici et cours méditer au bord de la mer... C'est l'appel de la nature, tu n'y peux rien (excuse tout aussi brillante que légitime).

Pendant ce temps:
Le prof: et pourquoi vous ne m'avez pas rendu le dossier en temps et en heure alors?
Moi: je ne savais absolument pas que j'étais supposée le rendre. Je pensais qu'il fallait que je le lise et qu'après aurait lieu l'entretien...
Le prof: et qui était supposé vous renseigner?

Ma petite voix intérieure: genre c'est un peu toi que j'accuse... et j'estime que j'ai raison, les mails existent et t'as mon adresse...

Ma deuxième voix intérieure (qui a trop souvent raison mais que je n'écoute jamais): tu me gonfles, je ne suis pas la seule à ne pas avoir rendue le dossier "en temps et en heure". Pour la leçon de morale, je t'appelle un autre jour ou tu prends rendez-vous... je suis sur liste d'attente...

Pendant ce temps:
Moi: je ne sais pas... quelqu'un...
Ma petite voix intérieure: oui, quelqu'un, vous, une subite révélation, Dieu, que sais-je...?
Le prof: oui mais c'était affiché sur le mur du troisième étage, vous n'allez tout de même pas me dire que vous n'étiez pas disponible pour jeter un coup d'oeil?

Ma deuxième voix intérieure (qui a trop souvent raison mais que je n'écoute jamais, en pleine tempête sous crâne): mais on s'en fout, allons regarder la mer... Adieu monsieur le professeur...
Ma petite voix intérieure: j'ai pas de cours au troisième étage... tu penses qu'il n'y a que toi dans ma vie? Je me suis débrouillée tant bien que mal à avoir mes dates de partiel d'anglais... et quelle bataille! Alors le reste me passe loin au-dessus de la tête...

Moi: mais puisque je vous dis que je ne suis au courant de rien... Je n'y ai pas pensé, voilà tout (étant donné que je pensais simplement qu'il fallait que je lise mon travail).
Ma deuxième voix intérieure (qui a trop souvent raison mais que je n'écoute jamais, en pleine tempête sous crâne): genre j'ai commis l'irréparable... Bon, je te laisse et j'écoute Indochine. Bonne danse.
"Et on se prend la main, et on se prend la main. Une fille au masculin, un garçon au féminin..."

Le prof: arrêtez de...

Paroles, paroles, paroles...


Bref, comme Socrate, j'ai accepté/subit l'injustice. Visiblement ce qu'il attendait de moi, c'était que j'aille à son cours et que je ne fasse pas son dossier (et mes fins de dissertations et mes fiches de révision).
La suite, le sourire aux lèvres.

La photo ci-dessus: Mystic River


# Posté le lundi 18 mai 2009 16:40

Modifié le mardi 19 mai 2009 00:06