"Je rêvais d'un autre monde"

"Je rêvais d'un autre monde"
"Les destructions atteignent le noyau de mon existence."
Paul Celan, lettre du 6 mars 1970

"On peut penser ou ne pas penser. Se tranquilliser sur des images habituelles, traditionnelles de la pensée ou bien au contraire clairement mettre devant notre conscience la question du sens de la vie de l'homme sur terre. La première voie est la plus calme et peut-être plus vraie. La seconde plus attirante et c'est difficile de dire laquelle des deux on peut conseiller; car il faut rappeler que si une fois tu appelles réellement devant ton esprit la question de ce sens, plus jamais il ne te laissera, et ami ou ennemi, t'accompagnera jusqu'à ton cercueil."
Nicolas de Staël, Cahier du Maroc, 1936-1937

Volonté dissoute
Désirs effacés
Corps détruit
[Ine]xistence

# Posté le vendredi 10 avril 2009 16:04

Modifié le samedi 11 avril 2009 04:40

Une rencontre manquée?

Une rencontre manquée?
Récit du mercredi 1er avril. Retour sur les lieux que le regard de Nicolas de Staël surplombait.

Il pleuvait. Le ciel était gris, avec apparemment aucune chance d'éclaircie. Je ne me souvenais plus vraiment du nom de la rue.
Rue du Revely.
Je m'étais dirigée comme d'habitude vers les remparts face au musée Picasso. Puis j'ai tourné à gauche de la rue Saint Esprit, à moins que je n'ai fait que la suivre. Je ne sais déjà plus. J'écris pour me souvenir que ces moments de beauté intense sont malheureusement trop rares.
Rue du Revely. Elle était comme toutes les rues du Vieil Antibes, c'est-à dire sombre, étroite et labyrinthique. Je tournais la tête de tous les côtés, prête à me retrouver face à la plaque de marbre blanchâtre. Prête à recevoir ce choc qui, je le savais d'avance, allait me faire fondre en larmes. A plusieurs moments, la rue se divisait en plusieurs embranchements. Je ne savais pas lequel choisir. Le premier qui venait. Puis retour en arrière. De nouveau à droite. Je passais devant des ateliers d'artisans. Un cordonnier, je crois. Douloureuse impression d'être étrangère à ma propre ville, où je suis restée toute ma vie.
Arrivée aux remparts. Nouveau retour en arrière. En fait, je redoutais [peur primale] un face à face passé. Je refais un morceau de la rue en sens inverse. Je débouche de nouveau sur les remparts. Son atelier avait forcément vue sur la mer. A droite le musée. Je décide de longer les remparts.
La plaque. Sa vision me frappe le coeur. Rien qu'en regardant les embrasures, j'ai tout de suite compris à quel point le paysage avait pu l'influencer. Mais la première chose à laquelle j'ai pensée, était bien différente. C'était là. Ici. Là où je me tiens. Je suis incapable de dire si c'est par fascination morbide que je me suis déterminée à y aller. Pourtant je peux dire que c'est le fait d'être passée devant le livre de l'exposition qui a changé mon regard. D'ailleurs, je ne réalise pas encore la portée de ce changement. Ce soir, j'ai commencé pour la première fois à manipuler la peinture avec une optique différente. Je ne suis plus seule quand je regarde. Un nouveau regard m'accompagne. C'est une expérience déroutante quand on ne la vit pas. Pensez si vous voulez que je suis une folle (après tout, sur quoi on se fonde pour juger ou non de la folie d'une personne?). Cet après-midi a métamorphosé la ville où j'habite. Désormais, je ne suis plus seule à la voir. J'ai le regard d'un étranger et d'une étrangère.
Je n'ai pas pu soutenir tout ça sur le moment. Le rempart me retenait. Les pierres étaient froides et humides. Il pleuvait beaucoup mais je ne m'en rendais pas compte.
La mer, malgré que le ciel soit gris foncé, conservait tout de même un bleu éclatant et froid.
De nouveau, je regardais à la dérobée les embrasures au dernier étage. Il était là. Son atelier était là. Son regard au-delà de l'immensité bleutée. Je ne pouvais pas et je ne peux pas m'empêcher de pleurer. Il était là.
Je l'imaginais. Étrangement, son visage était imprimé dans ma tête.

J'ai peur.
Témoignage aveugle des mouettes. On aurait dit qu'elles dansaient presque au-dessus de l'eau. Liberté. Calme. Apaisement. Médicament? Accident? Déploiement. Envol. Mais pourquoi?

Je suis restée sous les embrasures à pleurer.

En longeant les remparts, je me suis souvenue de cette photo. Un sourire. Et toujours la même question. Mais pourquoi?


Tableau: Les Mouettes, Nicolas de Staël, à Antibes, réalisé l'année de son suicide c'est-à dire en 1955

# Posté le dimanche 05 avril 2009 17:38

Modifié le lundi 06 avril 2009 12:52

Léger détour

Léger détour
Trop émue de ce nouveau retour à la réalité. De nouveau face à moi-même, me demandant si je ne devrais pas aussi, en finir.

Pourquoi tu [m]'as fait ça?

# Posté le dimanche 29 mars 2009 16:42

"Et par là nous sortîmes, à revoir les étoiles", L'Enfer, chant XXXIV

"Et par là nous sortîmes, à revoir les étoiles", L'Enfer, chant XXXIV
Je pense avoir enfin réussi à renverser mon pessimisme morbide. Je suis passée du stade: rien n'en vaut la peine, la vie n'est qu'une longue suite de déceptions, on ne vaut rien dans ce monde, les autres vous déchirent et vous tuent, vous ne pouvez pas toujours leur rendre la pareille, je souffre... On est toujours déçu par tout le monde. Les gens ne changent pas et ne le peuvent pas non plus. Certains sont détruits, d'autres sont pourris. Des fois, je pense appartenir aux deux catégories. C'est réducteur, j'en suis consciente.

Cette merveille pensée est devenue: tout va bien, je vais bien, tout se passe à merveille dans le meilleur des mondes. L'optimisme le plus aveugle. Bien sûr que tout va bien: aujourd'hui, comme tous les autres jours, 5700 personnes sont mortes du SIDA, des gens crèvent au Soudan et ailleurs. Des gens choisissent de se pendre à un arbre (dans ma résidence et quasiment sous mes yeux par exemple). En ce qui me concerne, j'ai failli penser que la seule chose qui me passera dessus dans mon existence, sera un TER. Et en parlant du SIDA, l'Afrique est totalement gangrénée... Des gens meurent de faim dans les pays pauvres, dans les pays riches, on s'abstient de manger: même conséquence. Bref, tout va bien dans le meilleur des mondes.

Je ne sais pas si je dois dire que cet optimisme est vraiment une bonne chose, ni s'il va durer. Il ne règle rien. Il consiste à dire: ma vie est un gros bordel, et alors? Je suis là, j'existe. Je suis promise à un avenir pourri. Et alors? Je m'en fous. Je fais ce qui est en mon pouvoir pour améliorer les choses, si ça marche alors c'est bien, sinon, tant pis. Vouloir l'impossible est idiot par définition. Mon optimisme me rend aveugle de tout ce qui devrait me morfondre en temps normal. C'est le même effet qu'après plusieurs verres de bière: on flotte et on s'en fout du reste. D'ailleurs qui vous dit que je ne suis pas actuellement ivre?
Je suis un peu comme Mia dans Pulp Fiction. Elle passe une soirée entière à "se repoudrer le nez", commence à danser toute seule,puis crève d'overdose...
Je suis détruite de bonheur mais je ne pense pas que ça va durer. D'ailleurs, lundi prochain, je risque fortement de faire une tête de déterrée. Et je ne parle même pas du 31 mars (selon la tradition, je me ferai exploser l'estomac à la vodka, déchéance totale).

A part ça, je continue à écouter ma musique misérable (en ce moment "l'héroïne" de Voulzy). Sans oublier le fameux Alexandre Desplat! J'ai enfin réalisé que les compositions d'Umebayashi sont magnifiques mais un peu trop dépressives (même si c'est une source d'inspiration inépuisable).

De la hauteur, de la lumière face à des paysages dévastés, des rails oppressants et des voyages tortueux.

Toujours regarder au-delà de la foule.


# Posté le samedi 21 mars 2009 17:12

Modifié le vendredi 03 avril 2009 11:33

"Je n'ai plus rien."

"Je n'ai plus rien."
J'ai visiblement tout perdu. Je devrai cacher ce nouvel échec et le ranger parmi tant d'autres. Mais là, il n'y a plus de place nulle part pour l'accueillir. Je ne le mettrai donc nulle part, il coulera sur mes joues.
Et moi, est-ce qu'il y a encore une place qui m'attend sur l'étagère intitulée "pour les accidentés de la vie"?

# Posté le jeudi 12 mars 2009 14:10

Modifié le dimanche 19 avril 2009 08:31