Des fois, j'aurais presque souhaité sa mort pour ne pas avoir à retourner inutilement là-bas. Je mens, je l'ai souhaité parce que je reste sur place sans pour autant pouvoir agir. "Inutilement", non pas vraiment. Mais la douleur était et reste toujours plus forte que moi.
Je cherche en vain à éteindre une douleur qui m'empêche tout bonheur. Je me demande encore, si dans l'éventualité où j'en viendrais à en finir... Est-ce que cela serait suffisant? Je veux dire, est-ce que je peux vraiment détacher ces souvenirs de moi-même? Je sais que je peux en rejeter l'existence et créer une barrière qui en interromprait certains. Non, c'est faux. Si j'en suis là ("là", mais où? Et pour aller vers quoi?) alors cela signifie simplement que ce que j'ai fait est inutile.
Parfois, même en étant avec ceux que j'aime, je sens très bien que mon sourire se fige. Et je repense à ce qui s'est passé. J'essaye de mon mieux de faire bonne figure auprès d'eux et de faire preuve d'un minimum de retenue. A l'intérieur, je pleure et je hurle mon incapacité à faire face à ce qui me torture. Je ne peux pas changer ce qui s'est passé, les souvenirs, par définition, sont immatériels et ce sont des actes et des circonstances révolus.
Il y a des bras que je aimerai ne plus quitter. Des souvenirs, des brûlures qui me déchirent sans pour autant que le sang coule. Je cherche à les quitter sans y parvenir. Le seul témoignage de cette souffrance est silencieux. Mes larmes. Et des coupures indélébiles qui ornent mon corps. De mon poignet jusqu'à mon coude.
Je souris. Je lui souris. Mais je ne suis plus rien après tout ce qui s'est passé. Il ne reste qu'un corps qui vit , marche , boit et pleure. Il prend souvent peur, a besoin de la présence des autres même s'il passe son temps à les rejeter.
Le temps qui passe ne guérit de rien. Il transforme les souvenirs et les émotions qui les lient, en cendres. Je cherche désespérément à ranimer un peu de ce qui s'est éteint il y a bien trop longtemps. Mes tentatives restent vaines. Le temps ne m'a laissé que ces cendres. Le vent a soufflé et tout emporté. Il a anéanti ce qui restait.


